Comment trouver l’année de construction d’une maison ? Le cas particulier des millésimes

Comment trouver l’année de construction d’une maison ? Le cas particulier des millésimes

Vous êtes face à une maison qui vous semble assez ancienne, et cherchez à en deviner la date de construction. De quels éléments disposez-vous ?

Avant même de s’intéresser à la documentation, vous avez bien sûr la maison elle-même, avec son architecture et ses matériaux.
Mais il peut être difficile de saisir les multiples indices lorsque l’on n’a pas l’œil avisé d’un spécialiste de la rénovation ou de l’histoire de l’art.

Dans ce cas, il existe un scenario idéal, celui où quelqu’un a eu la « gentillesse » d’indiquer sur la maison la date de sa construction. Ce millésime, qu’il faudra certes prendre avec quelques précautions, vous fournira alors une idée assez précise de l’époque de construction du bâtiment.

Comme nous allons le voir, ces inscriptions se voient bien souvent sur les façades, mais pas seulement. Avez-vous déjà repéré des dates sur votre maison ?

Les dates sur les façades

On pourrait ici donner d’innombrables exemples, qui se rencontrent dans presque chaque village. Les écoles communales ont souvent une date inscrite sur leur façade, de même que d’autres bâtiments publics. On peut trouver au détour d’une maison bourgeoise avec une date inscrite sur une plaque emmaillée, et plus loin le porche d’un corps de ferme dont la clé d’arc est gravée. Les dates peuvent aussi être peintes.

Elles sont le plus communément placées sur les linteaux de portes ou de fenêtres, les clés d ‘arc ou à même le mur.

Une façade de Cazères affichant en chiffres romains la date de 1782.
La façade d’une ancienne école municipale de l’Yonne, datée de 1883. On remarquera que de nombreuses écoles communales ont des dates très proches, faisant suite aux lois Ferry instaurant la gratuité et l’obligation de l’instruction primaire en 1881-1882.
Une autre façade de Cazères. Au centre, deux anges étêtés portant un écusson. Le contenu du cartouche de gauche est illisible, mais celui de droit indique la date honorable de 1547. J’ai gardé le panneau publicitaire dans le champ, pour le contraste…

Louis Goulpeau, dans une étude sur les dates gravées sur des bâtiments dans la commune rurale de Ploemeur dans le Morbihan, propose des typologies pour ces millésimes locaux, en observant le lieu de l’inscription, mais aussi le type de gravure (avec ou sans cartouche, gravé en plein ou en creux…). Les 58 millésimes observés sont antérieurs à 1900, et 14 datent même d’avant 1700. Certains comportent aussi des signes géométriques plus ou moins mystérieux. On retrouve aussi une gravure d’un ciboire, qui y est interprétée comme le signe possible d’une maison ayant appartenu à un clerc.

Le plus vieux linteau recensée par Louis Goulpeau à Ploemeur, daté de 1519. Voici la lecture qu’en fait l’auteur : « l’an mil ∂ XIX […] ∂om • t∙ les RomAnY ».
Crédit : Louis Goulpeau.
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Linteau de fenêtre sur une maison de Miniac-sous-Bécherel, avec en son centre un calice et une hostie. Il indiquerait une maison de clerc. Ce type de linteau semble se rencontrer plus fréquemment en Bretagne. La date de construction peut y être accolée.
Crédit : Ouest-France.

Les dates peuvent cependant indiquer des ajouts ou des rénovations de façade, c’est pourquoi elles sont à prendre avec précaution. De même, des pierres joliment gravées on pu être déplacées et remployées ailleurs.

La datation des maisons en façade semble donc être une pratique ancienne et bien établie, la plus courante de celles mentionnées dans cet article.

Les linteaux de cheminées

On trouve aussi des exemples où un millésime est porté sur un linteau de cheminée. La datation est alors souvent celle du manteau de cheminée, mais n’en reste pas moins un indice de datation de la maison.

Les inventaires du patrimoine de la Bretagne et de l’Auvergne nous offrent plusieurs exemples de linteaux de cheminée datés. En voici ci-dessous deux exemples, l’un gravé et l’autre peint.

Linteau de cheminée dans une ferme de Saint-Juvat en Bretagne. Il porte l’inscription :  » ‘1671 FET PAR IAN BUREL LE DIXSIEME FEVERIS ».
Crédits : Alain Dagorn – Région Bretagne.
Linteau de cheminée datée de 1827, dans une ferme de Saint-Ours, en Auvergne.
Crédits : Thierry Monnet – Région Auvergne-Rhône-Alpes, Inventaire général du patrimoine culturel.
Les poutres

S’il semblerait pourtant aisé de marquer des poutres pour y signaler la date de réalisation de la charpente, les cas semblent plus rare (ou peut-être sont-ils seulement moins visibles ?).

Voici ci-dessous deux exemples recensés dans la communes de Roche, gravés. Ils se trouveraient sur des poutres de granges.

Mais on trouve également des exemples plus insolites, telles ces gravures de quatre mètres de long, qui ne se contentent pas d’une date ambigüe, mais retracent l’histoire de cette ferme d’Hondeghem (Nord).

Une poutre de la grange, construite en 1825.
Crédit : La Voix du Nord.
Un poutre du salon, indiquant la construction de la maison en 1754.
Crédit : La Voix du Nord.

Et voilà le travail des généalogistes qui pourrait en être facilité ! Cela reste néanmoins un témoignage du passé assez imposant au milieu de son salon.

Le plancher

Continuons avec un autre exemple assez rare, le seul que j’ai pu trouvé lors de mes recherches : un plancher « journal intime ». Ce plancher a été découvert dans les années 2000, lors de travaux dans le château de Picomtal, dans les Hautes-Alpes. Il est appelé « plancher de Joachim » en référence au menuisier qui a recouvert 72 lames de bois de son écriture, vers 1880. L’historien Jacques-Olivier Boudon rapporte les propos du menuisier et sa vie dans un livre du même nom.
Sachant que le plancher ne serait sans doute pas touché avant un siècle (il écrit d’ailleurs « Heureux mortel, quand tu me liras, je ne serai plus »), Joachim Martin, alors âgé de 38 ans, s’est livré en écrivant derrière le plancher ses pensées et observations sur sa vie et celle de ses covillageois, parlant aussi bien de politique que de mœurs. Il en profite aussi pour dispenser des conseils au lecteur, sur le mariage ou encore le travail. Il s’agit donc d’une sorte de bouteille à la mer unique en son genre.

Photo principale de la fiche
Le château de Picomtal.
Crédit : Département des Hautes-Alpes.
Un morceau de parquet daté et signé par Joachim Martin.
Crédit : Le Dauphiné Libéré.

Mais on dépasse ici largement la datation, puisque c’est une chronique acide que nous livre Joachim sur ce plancher, nous décrivant « un village à coup de lattes » (titre bien trouvé de la critique du livre de Jacques-Olivier Bourdon par Libération ).

Les tuiles et briques

Il est assez facile de marquer l’argile avant cuisson, ce qui fait que des tuiles et briques décorées ont pu être retrouvées un peu partout en France, même si leur fréquence semble plus forte dans certains bassins. En Alsace, on parle même de fieroweziegel, tuiles « de fin de journée », sur lesquelles les ouvriers laissaient libre cours leur créativité avant de clôturer la journée.

Ci-dessous une tuile trouvée dans la grange d’une maison du Volvestre, qui rend honneur à la tuilerie dont elle est issue et à ses ouvriers.

« A la renommée fabrique de tuile de Micharne. Fait par Dedieu Jean et […] Jean Baptiste à Contrazy le 20 août 1887 »

Non loin de là était également une tuile non datée, mais portant le nom d’une certaine « Mademoiselle Jeanne Picard ».

Pensant tout d’abord naïvement qu’il s’agissait d’une dédicace faite à la future propriétaire de la maison (une famille Picard y ayant vécu), j’ai pu découvrir qu’il s’agissait en réalité de la signature d’une ouvrière, grâce à un article de Christiane Miramont sur les tuiles à inscription du Volvestre. Elle y reproduit en effet une tuile portant la même signature « Jeanne Picard’, avec en plus la mention « teulière » (tuilière). Une autre tuile rapportée me semble présenter la même écriture. On y lit en gascon « a co es jou qué escriout a co merdo per a qu’est qué ligéra asso ». Comme pour le plancher de Joachim, on se trouve dans le cas d’un ouvrier livrant ses états d’âme sur sa matière de travail…

Toujours en Occitanie, à Prats-de-Mollo, c’est Georges Bellières qui s’interrogeait sur les tuiles à inscription, et en rapportait de beaux exemples datés.

« Lors Reis que ce fanla gera
lo pittit ab lo mes gran es
lo quem estam miran son
com go un pols de terra
1770
Traduction :
Les Rois qui se font la guerre
le petit avec le plus grand
c’est ce que nous voyons en ce moment
ils sont comme moi : une poussière de terre »
Crédit photo et transcription : Georges Bellières.
« Al para la fet i al fill la pusat, m(es)
jo creg ques ben fet y ben buidat
y ben cuyt y ben pastat Joan
ARQUER fadri taule 1770
Traduction :
Le père l’a fait, le fils l’a posé, m(ais)
je crois que c’est bien fait et bien moulé
et bien cuit et bien pétri Joan
ARQUER célibataire tuilier 1770″
Crédit photo et transcription : Georges Bellières .

De nombreuses tuiles sont aussi décorées de motifs, avec ou sans date.

Une tuile alscacienne représentant probablement un compagnon du devoir, avec sa canne et son écharpe. Elle est signée Louis Guillerey, et datée de 1884.
Crédit : Patrick Mathie.
A gauche trois tuiles alsaciennes signées Jacob Kenzel (I.K.), aux motifs folkloriques. Elle ne sont pas datées, mais c’est bien beau, et Kenzel aurait exercé entre 1798 et 1824. La tuile de droite est quant à elle datée de 1771, la date semblant presque tracée avec le doigt. S’agit-il d’une tuile à caractère religieux, avec les lettre I.S. et ce qui pourrait-être un sacré-cœur stylisé ? N’hésitez pas à m’éclairer si vous le savez !
Crédit : Ji-Elle. Tuiles conservées au musée alsacien de Strasbourg.

Certaines tuiles moulées font apparaître des dates, mais celles que j’ai trouvées en ligne indiquent le plus souvent les dates de fondation, ou d’obtentions de certaines distinctions par les fabriques.

A la manière des tuiles, les briques ont aussi pu être marquée par leurs créateurs. Ainsi, cette brique qui semble avoir une visée de témoignage historique.

Crédit photo et transcription : Véronique Durey.

« Je suis la premiere qui à été faite de cette annez de 1802 le 22 mars mars le pain vaillant 6 sols la livre le vin 12 sols la bouteil. Je suis été faite par Louise Marliau à Menou ».

L’ouvrière Louise Marliau, comme Joachim Martin, nous tient donc au courant des réalités de son temps, pour qui retrouvera un jour cette tuile.

Tout aussi rares, une brique datée sur un mur de château (s’agit-il d’une incrustation en pierre ?) et une façade datée grâce à un jeu sur la couleur des briques.

Fichier:Beaucamps-le-Jeune château (brique datée) 1.jpg
Une brique datée de 1560 sur le château de Beaucamps-le-Jeune dans la Somme.
Crédit : CC Markus3.
Barzy-en-Thiérache, maison (repérée), 57 Grande-Rue : date 1691 inscrite à l'envers (mur pignon ouest).
Date de 1691 écrite à l’envers sur le mur d’une maison de Barzy-en-Thiérache.
Crédits : Christiane Riboulleau, (c) Ministère de la culture – Inventaire général, (c) Département de l’Aisne, (c) AGIR-Pic.

En levant un peu la tête, on peut donc trouver de nombreuses dates en se promenant dans nos villes et nos villages, nous permettant ainsi d’avoir de premiers indices sur l’histoire des bâtiments, même lorsque l’on ne sait pas forcément dater grâce aux styles architecturaux. On peut même en faire un jeu pendant ses balades !

Avez-vous une date de ce type sur votre maison ? Si oui, n’hésitez pas à nous la partager !

Quelques sources en vrac :

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